Le Magistère de l’Eglise surtout à travers l’Encyclique Laudato si, fait un plaidoyer pour la sauvegarde de la terre, notre maison commune.

Celle-ci est, selon le langage de saint François d’Assise, une soeur qui crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Ainsi, par une exploitation inconsidérée de la nature, l’homme risque de la détruire et d’être à son tour la victime de cette dégradation au risque de conduire à une véritable catastrophe écologique1.

Le Pape François, sans être complet, a fait le contour de certaines questions qui aujourd’hui suscitent notre inquiétude2. Il s’agit de la pollution (due au moyen de transport, aux fumées de l’industrie, aux dépôts de substances qui contribuent à l’acidification du sol et de l’eau, aux fertilisants, insecticides, fongicides, désherbants et agro-chimiques toxiques en général) et le changement climatique (réchauffement…), la question de l’eau(qualité et pénurie), la perte de la biodiversité, la détérioration de la qualité de la vie humaine et la dégradation sociale (urbanisation démesurée et désordonnée, effets des innovations technologiques sur le travail, l’exclusion sociale, fragmentation sociale, augmentation de la violence, émergence de nouvelle formes d’agressivité sociale, consommation croissante des drogues …), l’inégalité planétaire( inégalité de la population, des ressources disponibles, la vrai « dette écologique » entre le nord et le sud,…), la faiblesse des réactions et la diversité d’opinions sur les solutions poLe rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes.

Ce faisant, toute volonté de protéger et d’améliorer le monde suppose de profonds changements dans « les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd’hui les sociétés3 ». Le développement humain authentique a un caractère moral et suppose le plein respect de la personne humaine, mais il doit aussi prêter attention au monde naturel et « tenir compte de la nature de chaque être et de ses liens mutuels dans un système ordonné4 ». Le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. C’est pourquoi le Pape François nous invite à une conversion qui nous unisse tous à la promotion d’une écologie intégrale qui, selon le témoignage de Saint François, requiert une ouverture à des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie, et nous orientent vers l’essence de l’humain.

Une telle écologie intègre l’écologie environnementale, économique et sociale car le vocable ‘‘environnement’’, désigne en particulier une relation existant entre la nature et la société qui l’habite. Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle.

Si tout est lié, l’état des institutions d’une société a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine : « Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l'environnement5 ». Dans ce sens, l’écologie sociale est nécessairement institutionnelle et atteint progressivement les différentes dimensions qui vont du groupe social primaire, la famille, en passant par la communauté locale et la Nation, jusqu’à la vie internationale.

En plus, il ne faudrait pas passer sous silence l’écologie culturelle étant donné qu’il y a, avec le patrimoine naturel, un patrimoine historique, artistique et culturel, également menacé.

Les solutions purement techniques courent le risque de s’occuper des symptômes qui ne répondent pas aux problématiques et beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique.

Pour trouver des solutions durables, le Pape François nous invite à une éducation et spiritualité écologique : il part du fait que toute solution technique que les sciences prétendent apporter sera incapable de résoudre les graves problèmes du monde si l’humanité perd le cap, si l’on oublie les grandes motivations qui rendent possibles la cohabitation, le sacrifice, la bonté. De toute façon, il faudra inviter les croyants à être cohérents avec leur propre foi et à ne pas la contredire par leurs actions; il faudra leur demander de s’ouvrir de nouveau à la grâce de Dieu et de puiser au plus profond de leurs propres convictions sur l’amour, la justice et la paix.

La majorité des habitants de la planète se déclare croyante, et cela devrait inciter les religions à entrer dans un dialogue en vue de la sauvegarde de la nature, de la défense des pauvres, de la construction de réseaux de respect et de fraternité ; un dialogue entre les sciences elles-mêmes pour ne pas s’enfermer dans les limites de son propre langage, et éviter de tomber dans l’isolement et absolutisation du savoir de chacun ; un dialogue ouvert et respectueux devient aussi nécessaire entre les différents mouvements écologistes, où les luttes idéologiques ne manquent pas.

Pour y arriver, il faut garder à l’esprit la conviction qu’il est toujours possible de développer à nouveau la capacité de sortir de soi vers l’autre car sans celle-ci, on ne reconnaît pas la valeur propre des autres créatures, on ne se préoccupe pas de protéger quelque chose pour les autres, on n’a pas la capacité de se fixer des limites pour éviter la souffrance ou la détérioration de ce qui nous entoure.

L’attitude fondamentale de se transcender, en rompant avec l’isolement de la conscience et l'auto référentialité, est la racine qui permet toute attention aux autres et à l’environnement, et qui fait naître la réaction morale de prendre en compte l’impact que chaque action et chaque décision personnelle provoquent hors de soi-même. Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société.

Ainsi, l’existence de lois et de normes n’est pas suffisante à long terme pour limiter les mauvais comportements, même si un contrôle effectif existe. Pour que la norme juridique produise des effets importants et durables, il est nécessaire que la plupart des membres de la société l’aient acceptée grâce à des motivations appropriées, et réagissent à partir d’un changement personnel. C’est seulement en cultivant de solides vertus que le don de soi dans un engagement écologique est possible.

Du point de vue méthodologique, l’éducation environnementale a progressivement élargi le champ de ses objectifs. Si au commencement elle était très axée sur l’information scientifique ainsi que sur la sensibilisation et la prévention de risques environnementaux, à présent cette éducation tend à inclure une critique des ‘‘mythes’’ de la modernité (individualisme, progrès indéfini, concurrence, consumérisme, marché sans règles), fondés sur la raison instrumentale; elle tend également à s’étendre aux différents niveaux de l’équilibre écologique: au niveau interne avec soi-même, au niveau solidaire avec les autres, au niveau naturel avec tous les êtres vivants, au niveau spirituel avec Dieu6.

En définitive, le Pape invite tout le monde et les chrétiens en particulier à vivre la vocation de protecteurs de l’oeuvre de Dieu car cela est une part essentielle d’une existence vertueuse; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne. Il recommande une conversion intégrale de la personne pour rétablir la relation saine avec la création. Cela implique aussi de reconnaître ses propres erreurs, péchés, vices ou négligences, et de se repentir de tout coeur, de changer intérieurement7.

C’est pourquoi, l’Église a proposé au monde l’idéal d’une «civilisation de l'amour8» car l’amour social est la clef d’un développement authentique: «Pour rendre la société plus humaine, plus digne de la personne, il faut revaloriser l’amour dans la vie sociale au niveau politique, économique, culturel, en faisant la norme constante et suprême de l'action9».

Dans ce cadre, joint à l’importance des petits gestes quotidiens, l’amour social nous pousse à penser aux grandes stratégies à même d’arrêter efficacement la dégradation de l’environnement et d’encourager une culture de protection qui imprègne toute la société en sachant que plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création.

Tout est donc lié, rien de ce monde ne nous est indifférent, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité et qui fasse émerger un humanisme intégral et une société vraiment digne de l’homme.

Références:

1. Cf. Paul VI, Lettre Apost. Octogesima Adveniens (14 mai 1971), n.21 : AAS 63 (1971), 416-417 ainsi que le Discours à l'occasion du 25e anniversaire de la FAO (16 novembre 1970). 

2.  Cf. François, Lettre Encycl. Laudato si (24 mai 2015), nn. 20-61.

3.  Jean PAUL II, Lett. enc. Centesimus Annus(1er mai 1991),n. 58 : AAS 83 (1991), 863. 

4. Ibidem, Lett. enc. Sollicitudo Rei Socialis(30 décembre 1987), n. 34 : AAS 80 (1988), 559.

5.  BENOÎT XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 51 : AAS 101 (2009), 687.

6.  Laudato si, n. 210.

7.  Laudato si, n. 218. 

8. PauL VI, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1977 : AAS 68 (1976), 709.

9. ConseiL Pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise, n. 582.



                                                                           A. Emmanuel NZEYIMANA

                                                                      Conseiller spirituel de l’ACAPE Burundi